Arvida, l'industrie et les ressources

La création d’Arvida se fonde sur une exploitation industrielle d’une envergure sans précédent, inspirée par les potentiels uniques de la région et le dynamisme remarquable de la multinationale aluminière. Le caractère idéal du site choisi se résume en trois éléments. Des infrastructures de transport que Julien-Édouard-Alfred Dubuc, l’industriel bien connu de la région, vantait aux investisseurs américains depuis 1911, dont un port en eau profonde auprès duquel il avait lui-même établi sa ville papetière de Port-Alfred; un potentiel de développement hydroélectrique qui avait d’ailleurs jusque-là étayé le développement de la région, autour de ses établissements industriels caractéristiques (Val-Jalbert, Kénogami, Riverbend, Port-Alfred, etc.), mais dont le projet culminant, l’utilisation de l’immense réservoir hydraulique du lac Saint-Jean, n’avait pas encore trouvé preneur suffisamment énergivore; et, enfin, la matière géologique du sol (anorthosite), qui permet à Alcoa d’envisager la mise en œuvre d’une usine dotée de procédés d’extraction novateurs et tout à fait autarcique, puisque l’ensemble de ses ressources et de ses moyens d’exploitation s’y trouveraient localisés.

Bien sûr, Arvida n’est pas la première des villes industrielles planifiée de la région, ni Arthur Vining Davis le premier entrepreneur à rêver des possibilités hydroélectriques phénoménales des lieux; ils en forment cependant la synthèse et l’apogée. À une époque où l’exploitation hydroélectrique s’imposait de plus en plus comme une industrie à part entière, William Price, autre industriel établi dans la région, s’était d’ailleurs depuis peu associé au magnat du tabac étasunien James Buchanan Duke, afin de précisément mettre en place le projet hydroélectrique qui, à partir de la Grande Décharge (Alma) et du lac Saint-Jean, repris par Alcoa puis par Alcan, va prêter vie à Arvida et à l’industrialisation subséquente de la région du Saguenay.

L’établissement industriel, qui naît à 450 milles au nord de Boston, comme on conçoit en 1925 ces lieux peu connus sur les scènes américaine ou mondiale, témoigne de la magnitude du projet. En effet, on y annonce d’emblée non seulement une usine d’électrolyse de 40 salles de cuves (la plupart des usines en comptent alors moins de cinq), mais aussi une raffinerie afin d’extraire l’alumine de la bauxite par un procédé extrêmement énergivore, ce qui ne se justifie habituellement que pour desservir un très grand nombre d’usines d’électrolyse.

De même que son caractère intégré et multifonctionnel distingue la cité modèle d’Arvida, c’est cette intégration de l’activité aluminière qui permettra à l’usine Alcan de se hisser en tête de la production de la Seconde Guerre mondiale et de fournir 90 % de l’aluminium du Commonwealth et une part majeure de celui qui a soutenu l’effort de guerre des Alliés. Arvida est alors devenue une « ville secrète », protégée par un contingent considérable d’hommes et d’armes. Tout en maintenant son rôle dans le développement régional, notamment en motivant la construction de la Base militaire de Bagotville, l’utopie des années 1920 a elle-même pris dans les années 1940 une expansion considérable, avec une production industrielle dépassant les 340 000 tonnes, comme le prévoyait son plan initial.

  Site officiel de la Ville de Saguenay