Arvida, paysage construit

Quiconque a parcouru Arvida garde une mémoire vive de son abondante végétation, de sa figure pittoresque et de ses rues en apparence sinueuses, bien différentes de celles des villes habituelles. Elle doit ce paysage distinctif au plan d’ensemble très élaboré que ses auteurs, Brainerd et Skougor, ont doté d’un raffinement esthétique incomparable, tout en y introduisant les idéaux les plus modernes : dans les faits, Arvida tient son cachet du mariage étroit entre ce plan et le sol profondément raviné du Saguenay, que les tracés urbains de la cité délimitent et contournent. Nulle part ailleurs ce tableau d’une cité ancrée à la terre, comme si elle y avait toujours existé, n’aurait pu prendre cet aspect.

C’est l’une des caractéristiques marquantes d’Arvida d’avoir été l’œuvre de concepteurs célèbres, qui y ont créé un environnement bâti propice à susciter l’appartenance de ses habitants. De même que le Manoir du Saguenay, qui représentera Arvida de par le monde, les maisons arvidiennes réinventent l’habitat typique du Canada français, en réutilisant, dans un cadre original, des dispositions typiques tels les lucarnes, les toits à deux versants et les galeries. Dès 1926, ce style néo-vernaculaire arvidien s’affirme. En plus d’être élevées sur des fondations de béton, signe de leur permanence, et d’être toutes, sauf une exception, unifamiliales, les maisons particulièrement variées de la ville construite en 135 jours peuvent aussi, dès leur construction, être acquises par leurs habitants : l’entreprise a en effet mis sur pied un crédit-bail original, ajusté aux capacités financières des acheteurs, afin de permettre aux travailleurs d’accéder à la propriété.

Les phases de construction subséquentes, qui porteront à plus de 2 000 unités le parc résidentiel d’Arvida, retiennent de la première leurs principes de rationalisation, qui optimisaient la rapidité de la construction, tout en diversifiant les modèles des maisons à partir de leurs composantes architecturales. Elles font aussi appel à des créateurs de renom, tels les Barott, Desgagné, Fetherstonhaugh, Durnford et Wiggs. En 1942, afin d’assurer à la municipalité un rayon d’action croissant, Alcan crée au sein de celle-ci une novatrice commission d’urbanisme, présidée par nul autre que Frederick Todd, qui veillera à la préservation du paysage de la ville et de ses monuments, dont l’unique pont d’aluminium.

Arvida a aussi, dès les débuts, été conçue dans son intégrité comme un véritable ensemble urbain, doté de quartiers résidentiels, de centres institutionnels et commerciaux de voisinage et d’un centre-ville véritablement métropolitain. Il emprunte aux grandes capitales de l’Occident une figure monumentale : de vastes rues bien droites marquent le paysage borné de quatre grands ensembles industriels et civiques, symboles de la cité industrielle en devenir. De tout Arvida, c’est le seul projet qui n’ait pas encore trouvé sa matérialisation complète : les aléas de la crise de 1929, puis l’essor de l’urbanisme fonctionnaliste, moins féru de monumentalité, ont suspendu quelque temps sa réalisation. Aujourd’hui, c’est comme milieu de vie, à l’ère postindustrielle, que le centre d’Arvida renaît : le paysage imaginé par Brainerd et Skougor est tout prêt pour l’accueillir. 

  Site officiel de la Ville de Saguenay